Dans mon atelier : de l’idée à l’estampe finale

Souvent, mes créations viennent d’un déclic discret, d’une émotion simple qui croise mon chemin. C’est le cas pour ces arums. Je vous emmène avec moi, de l’idée de départ jusqu’à l’estampe finale — avec ses choix, ses ajustements, et ce petit brin de magie qui s’invite toujours au moment de l’impression.

L’étincelle de départ

Tout commence début avril, dans un jardin à Camaret-sur-Mer. La lumière de début de matinée était prometteuse d’une belle journée à venir.

Ces arums, beaucoup seraient passés devant sans les remarquer. Moi, ces petites beautés cachées du quotidien m’attirent et me captent irrémédiablement.

Je crois profondément que la magie est partout, à condition de prendre le temps de la regarder. C’est même tout l’objet de mon travail : la débusquer, et vous la transmettre à mon tour.

Cette pièce vient aussi de la volonté de créer une collection dénommée « Les Plantes Enchantées », que j’ai débutée avec une linogravure de fleurs de magnolias dans un style épuré. Avec les arums, j’avais envie d’aller plus loin dans la complexité — plus de couleurs, plus de volume dans la composition.

Les choix techniques

Pour cette estampe, j’ai choisi la technique des plaques multiples : chaque couleur (le bleu de fond, les deux verts) est gravée sur sa propre plaque, avec un calage très précis pour que tout s’aligne parfaitement à l’impression (le blanc est une partie préservée d’encre).

J’ai développé ma technique de calage au fil du temps et des expériences. Je ne vous la détaille pas ici, ce serait un peu trop long. C’est une étape qui demande préparation, patience et précision — mais cela me permet aussi, contrairement à la plaque perdue, de pouvoir réimprimer la même estampe plus tard si je le souhaite.

Pour le fond, le choix du bleu n’a rien d’anodin : le bleu de Prusse est une couleur que j’affectionne particulièrement, pour son rendu à la fois luxueux et élégant. Il fait aussi ressortir le blanc et le vert des arums avec beaucoup de contraste, ce qui donne à la pièce toute sa profondeur.

Les ajustements en cours de route

Comme souvent en linogravure, la principale difficulté n’a pas été un incident particulier, mais plutôt une recherche.

Quand je réalise des linogravures à plusieurs blocs, je commence généralement par graver la plaque qui a le plus de détails. Elle sert ensuite de référence pour le calage des autres couleurs.

Ici, j’ai dû réfléchir à une démarche différente.

Le bleu foncé entoure les fleurs, il fallait donc que je m’assure que tous les détails soient bien contenus dans l’espace laissé vide au milieu. J’ai donc gravé en premier la plaque la moins détaillée.

Il y a eu aussi, comme toujours, une recherche du bon équilibre.

Trouver les bonnes teintes de vert a demandé du temps.

Au moment de l’impression, malgré un ponçage soigné du lino, une zone de la plaque bleue a pris l’encre de façon un peu inégale, ce qu’il a fallu corriger en ajustant l’encrage.

Et puis il y a aussi le réglage de la pression de la presse : au niveau des grandes zones évidées des plaques, une pression mal calibrée risque de gaufrer le papier à des endroits indésirables — il fallait donc trouver le juste équilibre entre une pression suffisante pour une couleur homogène, et pas trop forte pour préserver le papier.

Un dernier ingrédient s’est ajouté à cette création : une échéance. Je voulais absolument terminer cette pièce à temps pour Manifestampe, fête de l’estampe qui s’est déroulée au mois de juin à Nantes – mais aussi à travers l’Europe. Je devais exposer deux oeuvres au Musée Atelier de l’Imprimerie et je voulais que mes arums en fassent partie. Sachant qu’il faut attendre que la 1ère couche sèche avant d’imprimer la 2ème, il fallait anticiper suffisamment pour que cet objectif soit atteignable.

Le résultat final

Il y a toujours ce moment que je ne me lasse jamais de vivre : celui où je soulève le papier du lino, et où l’estampe apparaît enfin, ici les arums contrastés sur leur fond de bleu de Prusse. C’est cette révélation, renouvelée à chaque tirage, qui donne tout son sens à mon travail de linograveuse. Et c’est toujours étonnant de voir comme les couleurs semblent changer quand elles sont enfin toutes côte à côte (selon la lumière aussi).

Cette estampe a donc rejoint le Musée Atelier de l’Imprimerie à Nantes pour Manifestampe en juin dernier pour une exposition temporaire. Un bel endroit, magique, que j’adore.

La linogravure des arums est aujourd’hui disponible dans ma boutique, en édition limitée à 30 exemplaires, encadrée ou non.

Et si cette création vous a donné envie de vivre vous-même ce moment de révélation, mes ateliers d’initiation à la linogravure vous y attendent.

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